Dix ans plus tard, beaucoup a changé au Canada et à travers le monde. Mais le message de Jack perdure. Dans un monde où les gens perdent espoir, et où certains politiciens alimentent le cynisme en faisant des promesses qu’ils n’ont pas l’intention de tenir, Jack était l’anti-cynique, l’heureux militant et l’optimiste infatigable. Mais Jack n’était pas naïf. Loin de là. Il savait que, avec un travail acharné au niveau communautaire, la cause perdue d’aujourd’hui pouvait devenir la sagesse populaire de demain.

Et personne ne travaillait plus dur que Jack. Il était un tourbillon d’idées et d’enthousiasme et il était toujours en mouvement. Lorsque j’étais un jeune avocat travaillant sur les questions de droits de la personne dans la communauté sikhe, Jack venait à nos événements à l’improviste et sans fanfare, simplement parce qu’il voulait montrer son soutien. Cela m’a impressionné et m’a touché. Ce n’était pas ce que je m’attendais d’un politicien.

Plus tard, lorsque j’étais un nouveau candidat à Brampton – longtemps considéré comme un territoire ingagnable pour les néo-démocrates – Jack m’a pris à part et m’a dit : « Jagmeet, ne les laisse pas te dire que c’est impossible. » Jack a souvent dit ces mots. Mais à ce moment-là, en tête-à-tête, je voyais la sincérité dans sa voix et je savais qu’il croyait chaque mot. Ça m’a inspiré. Ça m’a motivé. Et cela a changé ce à quoi je m’attendais de la politique.

Et c’est donc grâce à l’exemple et à l’optimisme de Jack que j’ai pris un pas vers la vie publique. Je pense beaucoup à Jack. C’est avec humilité et honneur que je poursuis son rêve de bâtir une société plus juste, empathique et solidaire.

Aujourd’hui, alors que nous commémorons le décès de Jack et célébrons sa vie et son héritage, je me tourne encore vers lui pour trouver des conseils. Comment Jack réagirait-il face à une urgence climatique qui n’a fait qu’empirer depuis son décès? Que dirait-il du coût des inégalités économiques qui monte en flèche, du racisme systémique et de l’héritage génocidaire du colonialisme? Quel regard porterait-il sur un monde menacé par l’autoritarisme et la politique qui va à l’encontre de tout ce qu’il défendait?

Je suis presque sûr de le savoir : mes chers compatriotes, dirait Jack, ne tombez pas dans le cynisme et le désespoir. Continuez à vous battre. Continuez à croire. Continuez à travailler aussi fort que vous le pouvez pour le pays et le monde que vous croyez possible.

Pour moi et pour tant d’autres – en politique ou non – c’est ça l’héritage de Jack que nous portons avec nous chaque jour. C’est la voix qui parle de grande vision, qui nous demande d’abord de veiller les uns sur les autres, et qui nous appelle à faire de notre mieux au service d’un monde meilleur, plus humain et plus sain. C’est la voix de la raison, du rire et de l’amour – une voix profondément humaine que Jack a incarnée dans sa vie et dans son travail.

En ce 10e anniversaire du décès de Jack, je suis également fier de poursuivre son rêve de rallier les progressistes du Québec et ceux du reste pays pour créer une meilleure société. Comme lui, je sais que c’est possible et c’est en faisant preuve d’empathie, de courage et d’optimisme que nous arriverons à accomplir son rêve.

En ce 22 août notre amour, notre espoir et notre optimisme nous rassemblent, 10 ans après la mort de Jack. Merci Jack!

Jagmeet Singh, chef du NPD du Canada