Le choc de la pandémie

Cette situation est d’autant plus étonnante que Québec solidaire avait une bonne réputation sur les enjeux liés à la santé grâce à Amir Khadir. Le parti a les propositions environnementales les plus poussées et la crise économique offre la démonstration parfaite d’une faillite du capitalisme. À cela il faut ajouter qu’avant la pandémie, QS était un parti en croissance avec une présence accrue dans la mobilisation écologiste grâce à sa campagne Ultimatum 2020.

Il y a six mois, la gauche politique au Québec pouvait se permettre d’être optimiste.

Puis la pandémie a réduit en miettes des mois de mobilisation et a neutralisé complètement la stratégie d’escalade des moyens de pression qui caractérisait l’Ultimatum. QS, comme parti contestataire, a subi un dur coup comme le reste des mouvements sociaux. Pourtant, la conjonction de trois crises majeures ainsi que les problématiques de racisme et de sexisme qui ont été mises à l’avant-scène durant les derniers mois réunissent toutes les conditions qu’on pourrait imaginer pour que la gauche politique émerge comme alternative au désordre actuel. Mais, ce n’est pas ce qui se passe, et c’est sur cela qu’il faut s’interroger en prenant comme point de départ la stratégie qui a été celle de QS depuis 2018.

Les hauts et les bas de la stratégie du populisme

Au cours des dernières années, la scène politique de plusieurs pays a été marquée par l’émergence de forces politiques ancrées à gauche qui ont réussi à faire de gros gains. Ces mouvements avaient en commun de s’inspirer du populisme de gauche théorisé principalement par Chantal Mouffe et Ernesto Laclau. Au-delà de la caricature qui en est souvent faite, cette théorie est tout à fait intéressante. Le populisme de gauche est avant tout une manière de construire un récit politique en constituant un « nous », le peuple, en face d’une élite associée à l’establishment politico-économique. On retrouve également associé au populisme de gauche des pratiques qui visent à constituer des groupes d’action relativement autonomes qui portent la campagne et mettent en acte cette opposition peuple-élite. Podemos, La France Insoumise et Bernie Sanders sont les exemples les plus connus ayant opté pour ce type de pratique. Ce fut un relatif succès et l’on ne peut pas nier que le populisme de gauche a été une véritable bouffée d’air frais. Québec solidaire s’est également inspiré de cette stratégie lors des dernières élections, et le bilan est largement positif vu les gains obtenus.

Il y a toutefois un bémol important qui n’apparaissait pas clairement avant, mais qui est désormais mis en évidence avec la pandémie : la stratégie du populisme de gauche est efficace pour obtenir des résultats à court terme, mais cela a un coût. L’éducation politique semble en effet avoir été le prix à payer pour ces gains. Celle-ci prend plus de temps et est moins efficace électoralement, par conséquent elle est souvent mise en arrière-plan dans la liste des priorités des mouvements populistes qui sont davantage tournés vers l’action terrain. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’éducation politique, mais il faut reconnaître que les figures populistes n’ont pas pour tâche d’instruire ou d’éduquer la population. Quant au type de formations qu’on retrouve le plus souvent à l’intérieur des partis, elles sont davantage tournées vers l’apprentissage de techniques militantes et moins vers l’éducation plus large au contexte ou aux théories politiques.

L’éducation politique et la fragilité de la base de QS

Or, il s’avère que c’est peut-être cela qu’il manque actuellement à la gauche québécoise. Lorsqu’il s’agit de convaincre des gens de voter à une élection, les mesures populaires et le style axé sur la confrontation fonctionnent, mais le résultat s’estompe parfois rapidement. Le meilleur exemple est la position du parti sur la laïcité qui est tout à fait celle qu’un parti de gauche se doit d’avoir pour contrer le racisme. Mais aussi absurde que cela puisse paraître, certaines personnes qui ont conscience de la gravité de la crise climatique tournent le dos à QS simplement à cause d’une telle position.

C’est qu’une partie de la base que le parti a constituée avec la stratégie du populisme de gauche est friable par manque d’éducation politique. Elle soutient le parti sur des mesures à la pièce, mais elle n’a pas intégré le plan d’ensemble.

Un autre bon exemple permettant de voir ce phénomène se trouve dans les sondages qui semblent indiquer qu’il y a aux alentours de 10 % de la population qui appuie QS de manière stable. Le reste est très fluctuant selon l’actualité et l’on peut voir que si des gains ont été faits en 2018, la partie solide de la base du parti n’a pas beaucoup évolué.

Pour finir, je pense qu’il faut reconnaître l’effort de QS pour aller dans ce sens d’une meilleure stratégie d’éducation politique. L’école buissonnière du parti a été un franc succès et a permis à des centaines de personnes de s’éduquer politiquement. Il faut également reconnaître les mérites de la stratégie populiste qui a été d’une efficacité redoutable et a permis des succès qu’on n’osait imaginer avant. Tout n’est pas à rejeter de cette approche, bien au contraire. Cela étant dit, la pandémie a révélé brusquement une certaine fragilité dans la politisation d’une partie de la population qui avait été charmée par les propositions de QS. Il s’avère que l’éducation politique ne donne pas de succès électoraux rapides, mais qu’elle est la clé pour construire une base solide capable de faire face aux temps difficiles, mais aussi, un jour, aux défis de la victoire.

William Champigny-Fortier, militant de Québec solidaire