Déroulement des faits

Lamine Nkouendji, un homme noir, a déclaré avoir été victime de profilage racial par des policiers dans le quartier Outremont à Montréal le 24 juin dernier.

Nkouendji a été aspergé de poivre et forcé de sortir de sa voiture, comme on peut le voir dans la vidéo présente ci-dessus.

Il dit avoir vu la police le remarquer de l’autre côté de la rue et commencé à le suivre pour l’arrêter. « Quand j’ai regardé dans mon rétroviseur, je les ai vus faire demi-tour et se positionner derrière les voitures en arrière de moi », explique Nkouendji.

Après l’avoir suivi pendant un instant, les policiers ont finalement allumé leurs sirènes lui demandant de s’arrêter sur le côté de la route. Les policiers l’ont alors avisé qu’il avait brûlé une lumière jaune.

Lamine Nkouendji a déclaré qu’après avoir vérifié ses plaques d’immatriculation, un des agents de police l’a aussi informé que son permis était suspendu en raison de montants impayés, ce à quoi Nkouendji a répondu être surpris, puisqu’il ignorait cette information.

Il a ajouté que ce même agent lui a annoncé que sa voiture serait mise à la fourrière pendant 30 jours.

Lamine Nkouendji témoigne

«J’ai … demandé [à l’agent] de m’expliquer la situation, il [m’a répondu] “Monsieur, sortez du véhicule maintenant”,» explique le jeune homme. « J’ai tenté de comprendre les raisons de la saisie du véhicule, et je vois son collègue [et lui] enfiler leurs gants. Ils ont ensuite commencé à me tirer par les vêtements.»

Nkouendji dit avoir demandé au policier de lui permettre de sortir ses affaires personnelles de la voiture. Les policiers auraient cependant refusé et tenté de le faire sortir de la voiture sur-le-champ.

Photo prise par Lamine Nkouendji de l’agent de police qui l’a arrêté

« J’essayais de prendre mes effets personnels et c’est à ce moment qu’on m’a aspergé les yeux de poivre une première fois ».

Il affirme que les policieris ont continué pendant un moment à poivrer ses yeux et ainsi qu’à lui tordre les bras.

Après avoir été poivré je suis sorti de la voiture en hurlant. Mon visage et mes yeux me brûlait tellement. J’ai ressenti une douleur atroce. Ils m’ont trimballé dans la rue essayant de me menoter en utilisant toute la force qu’ils avaient alors que je n’ai opposé aucune résistance. »

« J’étais juste sous le choc et mon visage me brûlait », poursuit-il.

Nkouendji a demandé de l’eau à plusieurs reprises. Les officiers lui auraient d’abord répondu qu’ils n’en avaient pas.

« Je pleurais, je criais, je voulais juste de l’eau. C’est seulement après une dizaine de minutes qu’un agent s’est approché de moi avec une bouteille d’eau et me l’a versé sur le visage. », précise le jeune homme.

Après avoir été brutalisé par la police, il dit avoir été transporté à trois ou quatres rues plus loin.

« J’ai ensuite demandé pendant le transport à parler à mon avocat en disant que j’y avais droit. L’agent de police qui m’a interpellé m’a répondu : «tu ne connais rien du droit«» .

Lamine Nkouendji a dit que son visage était en feu à cause du poivre de cayenne et qu’il ne pouvait pas respirer.

« Dix minutes après l’incident, une ambulance est arrivé pour me désinfecter mais il n’y avait malheureusement rien d’adéquat pour remédier à la situation » a expliqué Nkouendji.

« L’ambulancier m’a ensuite demandé si je voulais me rendre à l’hôpital. Mais, vu l’attitude des policiers, j’ai eu peur de partir, car il avaient encore en leur possession tous mes effets personnels.»

Après que les ambulanciers se soient occupés de lui, l’un des officiers lui a donné un rapport à comparaître pour entrave à la paix.

Ricochet a contacté le SPVM pour entendre leur version, mais s’est vu refuser une entrevue. La SPVM a déclaré ne pas commenter les cas spécifiques.

L’arrestation filmée

L’arrestation de Nkouendji a été filmée par Miriam Vaillancourt, qui regardait la situation depuis un balcon au coin de l’avenue Van Horne et de l’avenue Querbes, où elle dit que l’incident a eu lieu.

Vaillancourt affirme avoir dans un premier temps entendu les cris de Nkouendji de l’intérieur de son appartement. « J’étais dans mon appartement mais j’ai entendu des cris, comme comme provenant de quelqu’un qui était vraiment effrayé, il disait «Ne me faites pas de mal … je prends juste mes effets personnels«. »

Elle a dit avoir vu Nkouendji se faire pousser contre sa voiture, contre la voiture de la police et contre un mur du bâtiment, alors qu’il criait que ses yeux brûlaient et qu’il devait s’asseoir.

« J’ai vu que c’était un Noir, et que les policiers étaient blancs, et j’ai tout de suite sorti mon appareil photo », a-t-elle dit, sentant que la situation n’allait pas bien se passer.

«Vous voyez beaucoup de vidéos mais alors tout le monde est tellement désensibilisé», a expliqué Vaillancourt. « C’était vraiment troublant parce que certains personnes continuaient simplement à vaquer à leurs occupations, alors que cet homme, à côté d’eux, hurlait, pris de panique et de douleur. C’est tellement frustrant », a-t-elle déclaré.

« Si nous arrêtons de filmer et de partager ce genre d’incident, nous cesserons de les voir. Je ne pense pas que j’aurais été aussi sensible à la question si je n’avais pas vu toutes les vidéos auparavant documentant de telles scènes. »

Vaillancourt a déclaré que documenter des vidéos de brutalités policières est important pour le mouvement de Black Lives Matter et qu’il faut dénoncer les officiers responsables de la brutalité.

Selon elle, plus ce type d’incidents est révélé, plus il deviendra évident de constater ce problème systémique.

Nkouendji a déclaré avoir subit des violences de la part d’agents du SPVM pour la première fois, ce 24 juin dernier.

« Je me suis souvent fait dévisager par la police, mais c’est la première fois que je me fait brutaliser par la SPVM,» a expliqué Nkouendji

« Depuis l’incident je ne suis sorti que pour voir mon avocat. Je n’ai pas pu retourner travailler. »

Images / Vidéo : Miriam Vaillancourt

Montage : Savanna Craig