Disclaimer : Attention, les réflexions et propos contenus dans ce texte ne visent aucun.e individu ou entreprise en particulier, mais plutôt des tendances systémiques lourdes. Par ailleurs, je ne m’exclus pas de ce système, nous vivons tou.te.s dans le même monde et sommes tou.te.s affectées par les mêmes tendances ou pressions sociales.

Certaines sont des multinationales à profit, d’autres sont la propriété d’individus passionnés et authentiques. On peut croire, consommer, adhérer à certaines de ces pratiques ou non. Personnellement, mes activités professionnelles se situent dans ce domaine et j’en suis très heureuse.

Derrière le vernis des discours inspirants, on trouve une logique néolibérale et des comptes de banques bien remplis.

Toutefois, il me semble qu’une sorte d’aura angélique entoure plusieurs de ces éléments, leur conférant un caractère presque intouchable, et ça me dérange. Sourires paisibles sur une publicité d’appli de méditation, tablée joyeuse sur la publication Instagram du nouveau resto vegan…difficile d’être contre la vertu.

Elles demeurent ainsi largement préservées de certaines critiques constructives qu’il m’apparaît essentiel de nommer, parce que derrière le vernis des discours inspirants, on trouve parfois une négligence inconsciente de certains enjeux. Et que d’autres fois encore, on trouve une logique néolibérale et des comptes de banques bien remplis.

Il faudrait qu’on s’en jase.

Il ne s’agit pas de vouloir du bien pour ne pas faire de mal

Beaucoup de ces entreprises diffusent différentes pratiques aux prétentions thérapeutiques qui me semblent dangereusement manquer de transparence quant à leurs limites.

Un phénomène qui me semble particulièrement alarmant est que plusieurs entreprises du champ du bien-être interpellent, consciemment ou non, des personnes qui se situent sur un certain spectre de vulnérabilité. Sans être un critère sine qua non, force est de constater que le bien-être parle tout particulièrement à des gens qui ne sont, justement, pas parfaitement bien. Or, lorsqu’on s’adresse à une clientèle potentiellement vulnérable, on doit faire extrêmement attention. Il ne faut pas pas blesser davantage en fixant, par exemple, des objectifs inatteignables, ou en énonçant des croyances potentiellement blessantes pour certain.e.s – je détaillerai plus bas. Mais également, il faut veiller à ne pas faire de promesses de guérison physique ou psychologique que l’on n’est pas en mesure de tenir.

En effet, beaucoup de ces entreprises diffusent différentes pratiques aux prétentions thérapeutiques qui me semblent dangereusement manquer de transparence quant à leurs limites. Et à ce titre, le seul fait d’affirmer que l’une ou l’autre de ces pratiques ne guérira pas une tumeur au pancréas ne suffit pas toujours.

Il est parfois nécessaire de prendre une posture active de transparence et d’humilité en la matière, par égard pour les client.e.s potentiellement plus vulnérables, qui sont exposées à ces discours et pourraient décider d’extrapoler, de leur propre chef, le pouvoir des méthodes de guérison leur étant proposées. Entendons-nous, je suis herboriste et j’enseigne le yoga. Je suis donc bien consciente qu’il existe d’autres pratiques de soin de santé tout à fait valides en-dehors de la médecine conventionnelle, mais tout de même…

Poésie Pinterest: comment mettre la pression en un post facile

Par ailleurs, avec un champ professionnel comme le mien, les algorithmes s’en donnent à coeur joie! Ils me balancent donc continuellement des images léchées d’influenceuses correspondant à des codes sociaux de perfection ultra abdo, ascendant smoothie. Des messages inspirants les accompagnent souvent : «Tout ce qu’il faut pour te guérir est à l’intérieur de toi!», «Ta vie parfaite est juste là, tu n’as qu’à la prendre…», «Recentre-toi sur ce qui tu es vraiment et les bonnes choses viendront!»…Pu capab’.

Les hôpitaux sont remplis de gens qui vivent avec des problèmes de santé physique ou mentale et il est faux de prétendre qu’ils ont tout ce qu’il faut pour se guérir seuls. Nos sociétés débordent d’humain.e.s qui n’ont pas reçu d’amour, d’éducation, de ressources financières suffisantes pour faire autre chose que survivre. Même s’illes ouvrent très grands leurs yeux et leurs coeurs, la vie parfaite ne se trouve pas devant eux. Non, tout est pas une question de mindset, d’amour de soi et des autres.

Il y a cette tendance où d’un côté, on formule des encouragements au self-care et à l’empowerment des femmes; de l’autre, on endosse totalement, voire glorifie, les diktats du néolibéralisme, à commencer par la productivité.

Pour que ces croyances fonctionnent, il faut déjà disposer d’un nombre important de privilèges, notamment socio-économiques. Noémie, 28 ans, 3 enfants, éducatrice en garderie et Valérie, 32 ans, sans enfants, avocate fiscaliste, n’aurons pas accès aux mêmes ressources pour réaligner leur vie vers un bien-être plus grand et épanouissant. Prétendre le contraire me semble terriblement injuste.

En tenant de tels propos, on impose une pression immense à certaines personnes, même si cela part d’une bonne intention, même si l’on vise évidemment à soulager, à faire du bien. Si l’atteinte du même niveau de succès, de bonheur et de confort financier de cette fille que je follow sur Instagram ne dépend que de moi et que je n’y arrive pas, je dois être complètement “plouc”… Voilà le message toxique qu’on nous envoie.

Empowerment ou marketing web?

Dans cette mouvance, de plus en plus d’entreprises empruntant les codes de l’univers du bien-être font des amalgames hautement problématiques.

D’abord, celles – au nombre impressionnant – qui mobilisent un champ lexical annonçant une conception essentialiste du féminisme de façon, ma foi, très assumée. Évocation du divin, de la sacralité des femmes, de leurs organes et de leurs fonctions reproductrices, reconnaissance de pouvoirs ou de sensibilités spécifiquement associées au sexe féminin…Prudence, par pitié.

Ça fait de belles photos j’imagine. Ça pogne. Ça a quelque chose d’envoutant, de chaleureux…de familier peut-être? C’est que ça parle à nos stéréotypes. Ce type de lexique reproduit plusieurs schémas réducteurs, qu’un grand nombre de féministes essaient de déconstruire depuis fort longtemps.

Puis, il y a cette dangereuse tendance où d’un côté, on formule des encouragements au self-care et à l’empowerment des femmes; de l’autre, on endosse totalement, voire glorifie, les diktats du néolibéralisme, à commencer par la productivité.

On voit ainsi naître des entreprises qui ont des noms comme «les déesses de l’efficacité». On propose des techniques de méditations ou des pratiques spirituelles qui visent explicitement l’augmentation de la productivité au travail. On propose des applications qui nous promettent plus de paix d’esprit, nous encourageant à adopter des horaires plus rigides et remplis…les exemples pleuvent et mon pauvre coeur s’épouvante. Pour des voies d’accès au bien-être ces initiatives me semblent plutôt représenter autant d’autoroutes vers le burnout, voire pire…

Il me semble que le champ du bien-être n’ait pas été épargné par la machine à tout transformer en marchandise qu’est le capitalisme.

Bien-être à vendre! C’est chaud! C’est chaud!

On le voit, les entreprises qui oeuvrent dans le créneau du bien-être sont en croissance exponentielle. Sans douter de l’honnêteté de chacune, prenons conscience des des objectifs de profitabilité économique qui motivent une bonne partie d’entre elles, et orientent leurs stratégies de marketing. Elles ne font pas partie d’un mouvement social qui tendrait vers le bien commun. Elles participent simplement à la croissance d’une industrie, l’industrie du bien-être.

On remarque une normalisation, voire une valorisation grandissante de la notion d’entrepreneuriat personnel du bien-être. Combien d’artisan.e.s aux talents variés, de guides de méditation, d’enseignantes de yoga, se définissent d’abord comme entrepreneur.e? Reléguant au second plan l’importance des leur savoir-faire, leurs connaissances et de leur expérience dans le récit qu’ils font d’eux et d’elles-mêmes, ces personnes y priorisent plutôt l’aspect entrepreneurial. Comme si celui-ci était l’aspect de soi à valoriser par-dessus tous les autres.

Dans l’ordre. skill #1: entrepreneure, skill #2: sage-femme… #wellnesspreneur #mompreneur #slowpreneur #yogapreneur #witchpreneur : Ça vous dit quelque chose?

L’utilisation de ces termes sous-entend l’inscription des savoir-faire et des connaissances dans une logique de marchandisation qui me semble réellement problématique. Est-ce le fait d’avoir transformé ces richesses personnelles en entreprise qui leur donne de la valeur? Il me semble que non. Alors, pourquoi toujours les y rattacher?

En somme, il me semble que le champ du bien-être n’ait pas été épargné par la machine à tout transformer en marchandise qu’est le capitalisme. Rêves de paix intérieure, d’abdominaux d’Instapreneure en pantalons de yoga et de guérison miracle? Au rayon 27, entre le détergent à lessive et la nourriture pour chat.

Heureusement, je crois que parmi les initiatives problématiques se trouvent encore de nombreuses et magnifiques personnes qui nagent dans ces eaux instables et tentent d’apporter au monde, avec humilité, courage et une sincère générosité de coeur, un peu de bien-être réel. Ces personnes me donnent espoir et je les remercie.

À ceux ou celles qui pourraient s’être senti.e.s visées par ces propos, ceci n’est pas un jugement mais un appel bienveillant à plus d’auto-critique et de considération pour certains éléments dans nos pratiques.

#Namasté 😉