Plusieurs ex-combattant.e.s se sont retrouvé.e.s sans installations convenables pour vivre avec leurs familles et plusieurs des points de l’accord n’ont pas été respectés. Pourtant, la volonté des ex-guérilla de vivre en paix n’a pas été brisée, mais avec le non-respect des accords leurs vies ont été mises en danger.

Après les élections présidentielles en 2018, le contexte n’a fait qu’empirer, car la société colombienne a décidé de faire un virage vers le passé.

Le candidat de l’extrême droite, Iván Duque Márquez, est élu par 10,2 millions de votes. Pour ceux et celles qui suivaient l’actualité colombienne et qui ont tenu en compte les paroles d’un des membres du parti de Duque, l’élection du candidat du Centro democrático était une prophétie. C’était la chronique d’une mort annoncée : celle des accords de paix. Fernando Londoño Hoyos, l’ancien ministre de l’Intérieur du gouvernement d’Álvaro Uribe Vélez, une administration qui a donné naissance à un courant idéologique : l’uribisme – courant qui rend culte à l’ex-président Álvaro Uribe Vélez – affirme lors d’une conférence du parti de Duque qu’ils allaient «déchiqueter ce morceau de papier qu’on appelle les accords de paix». C’est une menace qui a été appliquée comme un ordre. Duque ne semble pas être le président, Uribe, l’homme qui a poussé Duque comme candidat et qui est en même temps son professeur, gouverne à travers son disciple.

Pourquoi en Colombie affirme-t-on que c’est Uribe le président et non le «jeune» Duque?

En fait, la gouvernance actuelle semble être la même que celle du gouvernement Uribe entre les années 2002 et 2010. D’un côté, l’élimination de cultures illicites n’est plus volontaire (comme accordé en 2016 à La Havane), mais elle est militarisée et répressive. Les tentatives de dialogue avec la guérilla du ELN (Armée de Libération Nationale) ont échoué suite à des hostilités ayant eu lieu en décembre 2018 envers ce groupe. Malheureusement, la guérilla a répondu à ces actions en faisant un attentat contre une école de cadets au sud de Bogotá qui a eu pour effet l’achèvement des tentatives de dialogue.

D’ailleurs, le retour aux politiques de la guerre a ouvert, de nouveau, les portes au phénomène des exécutions extrajudiciaires, plus connu sous le nom des «faux positifs». C’est une politique de récompenses qui est appliquée aux militaires pour avoir des résultats lors des combats contre les guérillas et les narcotrafiquants.

Le journal New York Times a ouvert une boîte de pandore en dénonçant le retour de ces politiques qui ont permis l’assassinat de plus de 5000 jeunes sous le gouvernement Uribe.

Ces «morts au combat» ont été présentés comme étant des guérilleros, alors qu’ils étaient de simples citoyens. Nicholas Casey, le journaliste qui a exposé les formulaires pour présenter les statistiques dénombrant les «positifs» (morts au combat), les pressions venant du haut commandement et les nouvelles directrices de l’État, a dû quitter le pays suite à des menaces qu’il a reçu après avoir dévoilé ces informations. Le gouvernement Duque s’est retrouvé au sein d’un scandale qui a mis sa crédibilité par terre. Les exécutions de civiles sont en soi un crime contre l’humanité et elles tiennent la Colombie sous la loupe de la Cour Pénale Internationale.

Assassinats systématiques de leaders sociaux et d’ex-combattants

Le gouvernement Santos et le gouvernement actuel (Duque) possèdent un problème en commun : la réactivation des armées paramilitaires d’extrême droite qui sont liées au narcotrafic. En fait, ces groupes armés qui changent de nom et d’identité de façon constante ont menacé et assassiné des leaders communautaires partout dans le pays. Actuellement, selon le journal El Espectador, 702 leaders sociaux ont été assassinés depuis la signature des accords de paix. Il faut mentionner qu’ils ne sont pas les seuls objectifs de ces paramilitaires, puisque jusqu’à présent il y a eu plus 140 ex-combattant.e.s des anciennes FARC qui ont été aussi tués. Le cas le plus emblématique c’est celui de Dimar Torres, un ex-combattant tué par les forces armées colombiennes, qui avait été retrouvé par sa communauté avant que les soldats aient eu le temps d’enterrer son corps.

Les assassinats systématiques des leaders sociaux et les exécutions extrajudiciaires sont des démonstrations que les conditions actuelles de l’accord de paix sont inquiétantes.

Effectivement, si le contexte actuel continue, l’accord de paix périra. Malheureusement, Duque et son parti semblent vouloir faire de leur promesse, déchiqueter les accords, une réalité. Le peu de gains obtenus est en danger.

Le 26 juillet 2019 a eu lieu une manifestation internationale contre l’assassinat systémique des leaders sociaux en Colombie.

Mélanie Picard, Anthropologue (M.A.)

Manuel Antonio Oviedo Pérez, Anthropologue (M.A.)