Au cœur du village gay de Montréal, l’église Saint-Pierre Apôtres sort de l’ordinaire. Le drapeau arc-en-ciel y trône fièrement les mois d’été, une chapelle y est dédiée aux morts du VIH et Yves Côté, l’intervenant pastoral, est gay. Ses préférences sexuelles, il en a toujours été conscient. La foi, il l’a toujours eue. Considérés comme des pratiques contre nature, les actes homosexuels sont fermement condamnés par l’Église catholique. « À cause de leur foi, beaucoup de gens se sont empêchés de vivre leur homosexualité. Pourtant, lorsque quelqu’un vient demander le Christ, qui sommes nous pour le lui refuser? », assure-t-il en faisant référence à l’un des discours du pape François.

Ce recul, il ne l’a pas toujours eu. Il y a plus de vingt ans, alors qu’il traverse l’une des pires période de sa vie où l’alcool se mêle à la drogue et à la prostitution, Yves, qui avait fermement décidé de ne plus mettre les pieds dans « cette Église », se dirige un jour vers les lourdes portes de Saint-Pierre Apôtres, à Montréal. Installé sur les bancs du fond, il se met à pleurer, alors que le père Saint-Laurent, curé de l’époque, explique : « J’ai accepté d’être ici à la condition d’ouvrir cette église à toutes personnes désireuses d’y vivre sa foi, quelque soit son orientation sexuelle ».

« J’ai accepté d’être ici à la condition d’ouvrir cette église à toutes personnes désireuses d’y vivre sa foi, quelque soit son orientation sexuelle ».

Enfin, la maison du Seigneur semble être disposée à accueillir Yves. En tout cas celle-là : une église qui offre aux gens un espace où il est possible d’être soi-même et d’y vivre sa foi. Yves aime à rappeler que « l’amour est un des plus beaux commandements de Jésus. Il nous a dit Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, et il n’a pas ajouté, sauf les lesbiennes et les homosexuels ». Mais c’est surtout en discutant avec des prêtres ouverts sur la question, qu’Yves a enfin pu faire la paix avec lui-même. « Une fois, on m’a dit que j’étais une erreur de Dieu. Un prêtre très ouvert d’une abbaye m’a alors répondu : C’est Dieu qu’on a blessé en disant cela, car Dieu ne fait pas d’erreur. Cette phrase m’a beaucoup fait réfléchir ».

Yves Côté
Delphine Jung

Encore du travail à faire

Mais cette tolérance à l’égard de la communauté LGBT reste rare dans les milieux très croyants du monde entier. Il y a quelques mois, un prêtre polonais a été suspendu de ses fonctions par le Vatican, alors qu’il venait d’avouer son homosexualité. Yves se souvient qu’après le discours du père Saint-Laurent, la moitié des fidèles se sont levés en jurant ne plus jamais mettre les pieds dans cette église. Mais d’autres sont aussi venus grossir les rangs : « Quand on a été rejeté toute sa vie et qu’on trouve un endroit accueillant comme celui-ci, on éprouve de la gratitude », poursuit Yves.

« J’aime répondre qu’aujourd’hui, il est plus facile de dire qu’on est homo que catho! »

Pour lui, « la cause homosexuelle a beaucoup avancé au Québec, plus qu’au Canada anglophone, encore très conservateur ». En effet, d’après un sondage Léger Marketing d’octobre 2014, 25% des Canadiens anglophones désapprouvent le mariage gai contre 17% au Québec. L’union des couples de même sexe a été jugée positive par 72% des résidants du Québec et 63% de ceux qui habitent dans le reste du pays.
Yves ajoute même avec un sourire : « J’aime répondre qu’aujourd’hui, il est plus facile de dire qu’on est homo que catho! »

D’après lui, toutes les religions confondues ont contribué à ce que l’homosexualité continue d’être perçue comme un mal à guérir. « L’ignorance aussi. Et pour combattre cela, il faut éduquer les gens, et ce travail commence à l’école », appuie l’intervenant pastoral. La lutte est loin d’être gagnée face à cette Église « homophobe et misogyne ». « Cette Église là, elle a besoin de devenir plus humaine. On avait une belle chance à saisir avec le synode sur la famille qui s’est achevé le 24 octobre. Il réunissait les évêques du monde entier pour discuter des enjeux familiaux et pour avoir une réflexion dessus. Mais je pense que les choses doivent se faire plus localement ». Prêcher par l’exemple, « sortir de son placard, que dans chaque quartier, les curés s’engagent plus, et cela fera peut-être effet boule de neige », se permet de croire Yves.